« Se payer la mort de quelqu'un » : c'est de cette phrase qu'est né Le Marchand de Mort, seinen psychologique porté par Nova au scénario et Saga au dessin, formant le duo DeCendres – une réussite immédiate auprès des éditeurs. Le duo de sœurs revient sur ses influences, les avantages du travail à quatre mains, ainsi que les obstacles rencontrés en cours de route.
Pour commencer, pourriez-vous vous présenter pour celles et ceux qui ne vous connaissent pas encore ?
Nova : Je suis Nova, scénariste du seinen Le Marchand de Mort que nous portons ensemble, ma sœur et moi ! Je m’occupe donc de la partie narrative de l’œuvre. Portée sur la psychologie et dotée d’un besoin insatiable de comprendre, j’aime aborder des sujets complexes, sensibles ou encore largement inexpliqués. Mes domaines de prédilection sont la création de personnages et la construction symbolique.

Version inachevée de la planche 121 © Nova DeCendres, Saga DeCendres / Pika Édition
Saga : Et moi c’est Saga, la dessinatrice du duo des Seinen Sisters et comme mon titre l'indique, je me charge de toute la partie visuelle de notre manga. Particulièrement sensible à l’esthétique baroque et gothique, j'aime le romantisme macabre et j’ai une passion pour la mise en scène.

Version inachevée de la planche 11 © Nova DeCendres, Saga DeCendres / Pika Édition
Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous lancer dans ce duo et plus particulièrement dans le milieu du manga ?
Nova : Dès lors que j’ai eu l’idée de l’histoire du Marchand de Mort, je n’ai jamais envisagé personne d’autre que ma sœur pour la dessiner. C’était une évidence. Je savais que ce projet avait du potentiel et qu’elle seule serait capable de retranscrire aussi précisément ce que j’avais en tête. C’est l’un des avantages d’être très proches et d’avoir grandi ensemble : nous avons les mêmes références et de nombreuses affinités. En ce qui concerne le manga, même si j’avais au départ plutôt envisagé de m’orienter vers le cinéma, je trouve que ce médium offre une grande liberté aux auteurs, que ce soit en matière de création d’univers, de choix de mise en scène, etc. Tout est possible, en quasi-totale autonomie et sans nécessiter de budget de production faramineux.

Planche 121 une fois achevée © Nova DeCendres, Saga DeCendres / Pika Édition
Saga : J'étais encore en école d'art lorsque ma sœur m'a proposé de travailler ensemble sur un manga. Mais même si cette idée me plaisait, à l'époque je travaillais sur un projet de BD hybride que je souhaitais faire éditer. Et même si le manga avait toujours été mon domaine de prédilection, pour moi la création française me semblait bouchée... Au fil du temps, elle a su me convaincre que se lancer toutes les deux en combinant nos visions pour ce projet avait toutes les chances de porter ses fruits ! Nous voilà donc avec vous aujourd'hui, comme quoi, elle avait bien raison !

Planche 11 une fois achevée © Nova DeCendres, Saga DeCendres / Pika Édition
Quelles sont vos influences ?
Nova : Personnellement, j’aime les mangas qui ont une patte cinématographique dans leur mise en scène, ainsi qu’une esthétique symbolique travaillée. En ce sens, j’apprécie beaucoup l’œuvre d’Inio Asano, mais aussi le cinéma de Xavier Dolan qui associe un fort réalisme émotionnel à une mise en scène très stylisée. J’aime aussi le côté brut et viscéral ainsi que les ruptures de ton du cinéma coréen, avec Bong Joon-ho et Park Chan-wook en chefs de file. Pour revenir au manga, j’ai été très touchée par Ikigami de Motorō Mase. Sa façon de traiter ses personnages est très fine, très humaniste. Les œuvres à l’atmosphère étrange et silencieuse telles que BLAME! de Tsutomu Nihei ou Blast de Manu Larcenet font partie de celles qui ont changé ma vision du 9e Art - oserais-je dire ma vie ? Enfin, je citerai DRCL de Shin’Ichi Sakamoto, pour son incroyable créativité. C’est une très belle découverte que je dois à ma sœur !

Extrait de Le Marchand de Mort, T.1 © Nova DeCendres, Saga DeCendres / Pika Édition
Saga : Vaste question ! Fut un temps, je regardais beaucoup de films et je ne peux pas cacher que cela a influencé ma mise en scène ! Quand je vois des films comme Parasite de Bong Joon-ho, cela m'inspire à utiliser la mise en scène pour raconter des histoires empreintes de symbolisme et créer des plans capables, à eux seuls, d'offrir une seconde lecture au récit, comme le fait ce réalisateur. C'est le dernier exemple cinématographique qui m'a marquée ! Dans un autre genre, je suis récemment devenue ultra fan de Shin'ichi Sakamoto qui se permet de nombreuses folies visuelles dans ses mangas pour soutenir sa narration, j'adore, et cela a vraiment changé ma façon d’appréhender mon travail. Autrement, des artistes ayant une patte peu commune comme Yoshitaka Amano, Tsutomu Takahashi, Q Hayashida et Takato Yamamoto, sont tout autant d’incroyables sources d’inspiration visuelle pour moi. Même si j’en suis encore loin pour le moment, je mets tout en œuvre pour atteindre leur niveau un jour !

Extrait du premier volume du Marchand de Mort © Nova DeCendres, Saga DeCendres / Pika Édition
En tant que mangakas francophones, qu’est-ce que ce format vous permet de faire que la BD ne permet pas ?
Nova : Je pense que les deux ont beaucoup à offrir, chacun à leur façon, mais si je devais trouver quelque chose, je dirais que le manga permet peut-être de davantage prendre son temps pour déployer l’histoire au sein d’un tome, le format aidant… Et encore, le roman graphique offre aussi cette possibilité !
Saga : Je ne me pose pas vraiment la question à vrai dire, hormis quelques titres, je n'ai que très peu de fibre pour la bande dessinée franco-belge... Je pense que dans les deux formats, si la proposition est bonne, on peut tout se permettre aujourd’hui !

Le Marchand de Mort, un seinen psychologique porté par Nova au scénario et Saga au dessin, formant le duo DeCendres © Nova DeCendres, Saga DeCendres / Pika Édition
Quelles ont été les difficultés rencontrées ?
Nova : Les principales difficultés concernent surtout la production du tome 1 qui a été très longue et éprouvante, mais aussi très formatrice. J’ai dû pour ma part retravailler le script un certain nombre de fois, et même si j’adore échanger à ce sujet avec notre équipe éditoriale, il y a toujours le risque de se sentir un peu perdue par moments. Mais cela fait partie du travail, et je sais maintenant que l’œuvre finit toujours par retrouver le chemin qu’elle est vouée à emprunter.
Saga : Qu'est-ce qui n'a pas été difficile plutôt ? (Rires.) Blague à part, j'adore mon métier et, sincèrement, je ne me verrais pas faire autre chose de ma vie. Cependant, je ne crois pas avoir déjà fait quelque chose d'aussi difficile ! Mais pour vous répondre, je pense que ma principale difficulté est de conjuguer travail et vie personnelle, j'ai d'énormes exigences quant à la qualité de mon travail et je ne compte pas mes heures. J’ai donc la très mauvaise habitude de complètement m'oublier au profit de mes planches, et, forcément, parfois, mon corps me rappelle à l'ordre !

Extrait de Le Marchand de Mort © Nova DeCendres, Saga DeCendres / Pika Édition
Pourriez-vous nous en dire davantage sur la recherche d’éditeur ?
Nova : Elle a été étonnamment… simple ! (Rires.) Nous avions déjà pas mal d’adresses e-mail glanées çà et là, notamment durant un précédent Festival d’Angoulême, où j’avais fait « la chasse aux éditeurs » pour un ancien projet. Nous avons envoyé notre dossier - que nous avions méticuleusement préparé durant une année entière - à toutes les maisons d’édition, en espérant recevoir au moins une réponse… Quelle ne fut donc pas notre surprise lorsque nous avons très rapidement commencé à recevoir des demandes de contact de la part de plusieurs éditeurs ! C’était un vrai moment de grâce que nous avons vécu là.

Extrait de Le Marchand de Mort © Nova DeCendres, Saga DeCendres / Pika Édition
Saga : Ayant par le passé eu une mauvaise expérience dans mes recherches, et malgré la qualité de notre travail, j'appréhendais un petit peu cette étape après la fin du montage de notre dossier. Mais ce fut de courte durée puisque nous avons reçu notre première réponse positive... seulement une heure après nos envois ! De mémoire, parmi les e-mails envoyés, seules deux maisons d'édition ont répondu négativement à notre projet ; toutes les autres étaient, au minimum, très curieuses de découvrir notre proposition. Je pense que cela s'explique par la combinaison d'un travail acharné pour que notre dossier soit le plus carré possible, et d'un soupçon de chance. Ça n'arrive pas tous les jours ! C'est une réussite que nous chérirons probablement tout au long de notre carrière.
Pourquoi avoir choisi Pika et pas une autre maison d’édition ?
N. & S. : En fait... Ça n’a vraiment pas été une mince affaire (Rires.) Nous avons eu la chance de pouvoir choisir entre plusieurs grandes maisons d'édition, dont les propositions étaient toutes intéressantes. Mais l'équipe de Pika a su nous convaincre par son expertise — nous sentions qu'ils avaient vraiment compris notre projet — et par sa stratégie en termes de développement et de promotion de l'œuvre. Enfin, la personnalité enthousiaste et passionnée de Mehdi Benrabah, qui était à l’époque le directeur éditorial de Pika, a également compté dans notre choix : le courant est tout de suite passé et nous avons senti que nous formerions une bonne team pour faire du Marchand de Mort l'œuvre que vous découvrez aujourd'hui !

Extrait de Le Marchand de Mort © Nova DeCendres, Saga DeCendres / Pika Édition
Comment vous situez-vous par rapport à la nouvelle vague d’artistes dans le manga francophone ?
Saga : Je passe pas mal de temps à regarder la variété de titres qui sortent en France, et j’ai l’impression que nous arrivons avec une proposition assez inédite en termes de création française. Nous avons pris un pari risqué sur lequel a également misé notre maison d’édition, en faisant le choix de proposer aux lecteurs un seinen de type thriller noir et psychologique, alors que clairement la conjoncture du marché tend davantage vers l’édition de titres shōnen. Nous sommes en plus un duo de femmes, deux sœurs, et ça non plus, ce n’est pas commun ! (Rires.) Sinon, en tant que dessinatrice, forcément, j'espère apporter quelque chose de visuellement inédit, une vibe qui, je l'espère, saura surprendre et trouver son public. En tout cas, je fais tout pour !
Nova : Je partage l’avis de Saga. Pour ma part, je dirais que j’espère pouvoir y trouver ma place en proposant un style et une sensibilité qui ne se limitent pas aux codes d’un seul médium. Et surtout, que ce melting-pot surprenne agréablement les lecteurs !

Extrait de Le Marchand de Mort © Nova DeCendres, Saga DeCendres / Pika Édition
Diriez-vous que le manga francophone trouve sa propre identité, en parallèle du manga japonais, ou reste-t-il encore dans l’hommage et l’inspiration ?
Saga : Je pense qu’aujourd’hui, certains titres ont connu un tel succès qu’il serait insultant de dire qu’ils ne sont que des œuvres inspirées du manga japonais ! Que ce soit en termes de vente, d’exportations à l’étranger ou d’accueil critique, d’ailleurs. Je ne suis pas une grande lectrice de mangas francophones, mais, à titre personnel, cela ne me suffirait pas que mon travail soit seulement considéré comme un bon manga « français » comme si, peut-être à tort, cela devait être considéré comme inférieur aux mangas japonais. Ce que je veux pour Le Marchand de Mort et nos futurs titres, c'est que notre travail soit considéré sur le même plan que celui des auteur-ices japonais-es, je m'y emploie tous les jours, alors on verra bien si ça marche !

Extrait de Le Marchand de Mort © Nova DeCendres, Saga DeCendres / Pika Édition
Nova : Comme je lis peu de créations françaises, j’aurai du mal à affirmer quoi que ce soit, mais j’ose espérer que l’on n’en est plus à ce stade ! Il y a tellement de choses à explorer au sein de la culture occidentale… Je souhaite, en tout cas, que le manga francophone puisse sortir d’un certain cloisonnement pour se sentir libre d’expérimenter, tant du point de vue du fond que de la forme.
D’où vous est venue l’idée de cette série ?
Nova : Tout est parti d’une formule que j’avais entendue et qui m’avait immédiatement interpellée : « se payer la mort de quelqu’un ». À partir de là, j’ai tout de suite commencé à imaginer une personne très fortunée, qui, pour certaines raisons se paierait le luxe d’assister à la mort de ses « clients », ces derniers y trouvant une contrepartie suffisamment intéressante pour vendre leur mort. Une sorte de diable des temps modernes, en somme. Je trouvais ce concept intéressant pour explorer les différentes motivations qui pousseraient des individus à faire un tel choix. Toute la suite de l’histoire s’est alors enchaînée très vite dans ma tête, et, en quelques jours seulement, j’avais déjà les grandes lignes du Marchand de Mort.

Extrait de Le Marchand de Mort © Nova DeCendres, Saga DeCendres / Pika Édition
Comment présenteriez-vous cette série au-delà de son synopsis ?
Nova : Je dirais que c’est une série portée par une certaine intensité, tant dans son écriture que dans son identité visuelle. Elle cherche à explorer les zones d’ombre de l’humain et de l’existence avec une volonté de réalisme, mais propose aussi des incursions poétiques invitant à plusieurs lectures, le tout dans un style visuel élégant et détaillé.
Saga : Quant à moi, je dirais simplement que c'est une histoire qui ne laissera pas indifférent ! Tant par les thèmes qu’elle aborde que par le plaisir immense que j'ai eu à dessiner des scènes un peu choc... avec poésie ! Plus sérieusement, si vous aimez les récits d'enquête avec des personnages subtils, où les frontières du bien et du mal se brouillent, Le Marchand de Mort est fait pour vous !
Saga, comment décrirais-tu ton style d’illustrations ?
Saga : Hmm... Difficile d'avoir ce recul sur mon propre travail ! Même si j'ai encore du chemin à faire, j'essaie de tendre vers un réalisme sombre, composé et poétique !

Extrait de Le Marchand de Mort © Nova DeCendres, Saga DeCendres / Pika Édition
Et ta méthode de travail ?
Saga : Je bosse exclusivement en numérique, mais, paradoxalement, je déteste quand cela se ressent dans le rendu ou dans le trait ! Vous apprendrez que je passe beaucoup de temps à « salir » mes images pour les rendre aussi peu figées et plates que possible. Autrement, pour les décors, je bosse à partir de photos (nous avons fait un voyage à Londres pour nous créer une base colossale de références (Rires.)) et de modèles en 3D !
Comment s’est faite la répartition du travail entre vous deux sur cette série ?
Nova : Très naturellement. J’écris le script, qui comprend l’intrigue, les dialogues, le découpage narratif ainsi que certaines indications de mise en scène, puis je le transmets à ma sœur, qui est ma première lectrice depuis le début de l’aventure, et enfin à notre équipe éditoriale. Une fois que leurs retours sont intégrés et que le script est validé, ma sœur commence l’adaptation visuelle et s’ensuivent de nombreux allers-retours pour obtenir la meilleure version possible de l’œuvre ! Chacune a donc sa part de travail mais nous échangeons beaucoup à chaque étape du processus, car nous avons des visions à la fois proches et complémentaires.

Extrait de Le Marchand de Mort © Nova DeCendres, Saga DeCendres / Pika Édition
Saga : C’est globalement ça ! Je lis le scénario et les notes de ma sœur à partir desquels je crée, en premier lieu, les différents character designs et décors en 3D. Ensuite, je propose un découpage pour adapter le scénario en storyboard pour chaque chapitre. Une fois cela fait, et s’il y a besoin, j'y apporte des modifications, puis on enchaîne avec les étapes suivantes : le crayonné, l’encrage et les trames et finitions ! C'est beaucoup de ping-pong entre nous, mais aussi avec notre équipe éditoriale qui est également très investie dans notre travail !
Nova, envisages-tu l’intrigue comme une forme de critique sociale, au regard des thématiques abordées ?
Nova : Alors, il y a bien une forme de critique, notamment en ce qui concerne le rapport à l’argent, aux rêves et au bonheur dans nos sociétés occidentales, mais ce n’est pas le but premier. Ce qui m’intéresse surtout, c’est de plonger au cœur de l’humain par le biais des personnages, de leurs choix et des relations qu’ils entretiennent les uns avec les autres ; d’observer de près leurs mécanismes intimes, les schémas passés qui se rejouent dans leur présent, et, enfin, leur lutte pour transcender ce qui les hante.

Extrait de Le Marchand de Mort © Nova DeCendres, Saga DeCendres / Pika Édition
Pourquoi le choix d’ancrer l’intrigue dans un contexte très occidental, en l’occurrence Londres ?
Nova : Alors, déjà, il faut savoir que j’ai tendance à créer des histoires toujours très ancrées dans le réel. Et, à vrai dire, pour traiter d’un tel sujet, il ne m’est même pas venu à l’idée d’implanter l’histoire ailleurs qu’en Occident, tout simplement parce que je suis moi-même occidentale et que je souhaitais parler de ce que je connais, de la manière la plus sincère et directe possible. Pour ce qui est de Londres, l’idée d’en faire le décor du Marchand de Mort m’est apparue dès la genèse de l’histoire. C’est une ville que j’apprécie tout particulièrement et dont l’aura gothique : son architecture, sa littérature et l’imaginaire du Vieux Londres, ainsi que le côté punk, collaient bien à l’univers de la série.

Storyboard de Le Marchand de Mort © Nova DeCendres, Saga DeCendres / Pika Édition
Traiter le suicide dans la fiction est un sujet sensible : comment l’aborder sans le sensationnaliser ?
Nova : En l’abordant pour ce qu’il est : un acte visant à mettre fin à une souffrance devenue insupportable, ni plus ni moins. En fait, c’est un sujet qui nous touche de près, Saga et moi. Donc, même si je n’irais pas jusqu’à dire que c’est facile, il fait, en définitive, partie de notre histoire et nous l’abordons avec beaucoup de sincérité et de simplicité.

Storyboard de Le Marchand de Mort © Nova DeCendres, Saga DeCendres / Pika Édition
Pourriez-vous nous en dire plus sur le personnage de Jerry Springer, un enquêteur qui semble lui-même en proie à des problèmes psychologiques ?
Nova : Effectivement, Jerry est hanté par un événement dramatique survenu dans son passé et souffre d’un trouble de stress post-traumatique assez marqué. C’est un personnage toujours sur la brèche, qui se bat et se débat, qui encaisse beaucoup mais refuse d’être une victime et ne cesse d’aller de l’avant, porté par son instinct et son incroyable détermination. Je voulais qu’il apparaisse toujours entre deux feux, ou plutôt entre deux mondes : la vie et la mort, la justice et l’illégalité, le réel et l’invisible… Son apparence devait refléter cette dualité, notamment à travers son œil gauche en mydriase.
La relation entre Ozzie et Jerry apporte de la respiration au récit. Comment pensez-vous ce duo ?
Nova : Au départ, Ozzie ne devait apparaître que lors d’une courte séquence, en tant que client du Blue Lagoon interrogé par Jerry. Mais on s’est vite aperçu que ce personnage, avec son look et sa personnalité un peu excentriques, apportait effectivement un peu de légèreté au récit, qui contient bon nombre de scènes assez dures. C’est donc tout naturellement que j’ai fini par lui offrir une place un peu plus conséquente, car il crée un réel contraste avec la personnalité de Jerry : tout les oppose et, pourtant, leur relation fonctionne ! Leur duo apporte une touche d’humour - un peu comme le duo Raine/Marty - mais aussi, un peu de tendresse, ce qui n’est pas négligeable dans un univers comme celui du Marchand de Mort !(Rires.)

Storyboard de Le Marchand de Mort © Nova DeCendres, Saga DeCendres / Pika Édition
Une femme en sursis, Lucy, va à la rencontre du Marchand de Mort. On s’attendait plutôt à l’inverse. Pourquoi ce retournement ?
Nova : À vrai dire, je ne l’ai pas vraiment pensé comme un retournement… Il m’a semblé naturel de montrer, dans un premier temps, que ce sont les clients du Marchand de Mort qui viennent à lui et non l’inverse. Je souhaitais explorer cette forme d’emprise où les victimes vont « de leur plein gré » se jeter dans la gueule du loup, car elles en sont à un point de leur vie où elles pensent qu’il s’agit de leur seule issue possible. Cela rend également plus complexe le personnage du Marchand de Mort : il profite certes de leur faiblesse mais, d’un autre côté, il ne force personne et se montre, en un sens, loyal, puisqu’il tient parole et réalise toujours exactement ce qui lui est demandé.
Qu’est-ce que vous voudriez que le lecteur emporte avec lui en refermant ce premier tome ?
Saga : Une irrépressible envie de lire la suite !
Nova : Tout à fait ! Et j’ajouterais : j’aimerais que le lecteur ait le sentiment d’avoir véritablement traversé quelque chose aux côtés des personnages, et que certaines émotions ou réflexions continuent de résonner en lui bien après la lecture.

Storyboard de Le Marchand de Mort © Nova DeCendres, Saga DeCendres / Pika Édition
Y a-t-il un parti pris graphique pour représenter le Marchand de Mort lui-même, une figure qui reste énigmatique tout du long ?
Saga : Nous voulions le montrer sans le montrer, je dirais. Il apparaît dès le premier chapitre, car nous devons être avec lui pour le comprendre, mais par petites touches, sans trop en divulguer. Les plans sont donc très souvent centrés sur son regard ou sa posture, mais surtout sur ses mains, que je considère comme un moyen tout aussi efficace de faire parler un personnage. Il a donc fallu que je joue avec la mise en scène pour ne pas être trop frontale dans ses apparitions.
Nova : Il fallait aussi qu’il y ait un contraste entre son apparence impeccable, cette élégance très froide, et son regard, que l’on perçoit doux et mélancolique. Saga a parfaitement saisi l’essence du personnage !

Storyboard de Le Marchand de Mort © Nova DeCendres, Saga DeCendres / Pika Édition
Combien de tomes sont prévus pour la série ?
Saga : Nous ne pouvons en dire trop pour le moment mais sachez que nous sommes prêtes à poursuivre l’aventure aussi longtemps qu’il y aura un public pour nous lire !
Sans spoiler, qu’est-ce que les lecteurs et lectrices peuvent attendre de la suite ?
Nova : Des scènes fortes, de l’action, mais aussi des moments d’émotion, de vulnérabilité et une plongée toujours plus profonde dans la psyché des personnages… Ce qui est sûr, c’est que nous vous réservons de belles surprises !
Saga : Toujours plus de morts, de l’action, beaucoup d’émotions, une amélioration du dessin et d'autres surprises...

Couverture de Le Marchand de Mort du duo DeCendres, aux éditions Pika
Avez-vous déjà d’autres projets en tête ?
Nova : J’ai plusieurs projets d’écriture pour différents formats, mais je préfère, pour le moment, me consacrer pleinement au Marchand de Mort, qui est un projet nécessitant un total engagement !
Saga : Plusieurs ! Mais il est encore beaucoup trop tôt pour les envisager. Pour le moment, je préfère me concentrer sur ce qui me prend les trois quarts de ma vie !

Photo de Saga et Nova, deux soeurs formant le duo DeCendres © Philippe Ordioni
Article publié dans ZOO Manga N°27 Septembre-Octobre 2026
Pika
Interview
ZOOManga27
Manga
Seinen
Thriller
EnCouverture



Haut de page
Votre Avis